11/04/2026
Ceux qui vont "mourir" vous saluent (au lendemain des obsèques de Loana, rappel d'un article d'il y a 23 ans)
Vous connaissez tous, ne serait-ce que de nom, ces émissions dites de télé-réalité qui organisent l'expulsion de la plupart de leurs participants. Sorte de mise à mort en direct et en public, dans les arènes de ces cirques télévisés pour adolescents et "adulescents", ces adultes qui se refusent de mûrir. Mais l'immaturité n'est pas la seule caractéristique de ces programmes qui quelque part "reprogramment" leur jeune public.
A écouter leurs metteurs en scène, il n'y aurait pas matière à s'alarmer devant les situations exhibées, puisque ces émissions ne feraient que reproduire, représenter "la société telle qu'elle est". A les en croire, la vie professionnelle et sociale ne serait qu'un grand jeu dont le but serait l'élimination des rivaux afin d'accéder aux meilleures places. Drôle de conception de la vie, mais peut-être pas si éloignée d'une réalité.
Car même si tout sonne faux dans ces décors factices et ces rebondissements scénarisés, une vision se dégage de l'ensemble et dépasse la fiction. Et le message subliminal, trompeur, se résume à : tout est possible à qui est jeune, beau, en bonne santé, et ne s'embarrasse pas de scrupules. Tous les moyens sont bons pour devenir riche et célèbre, pour arriver dans cette société de "Nombrils du monde" et de parvenus.
En un sens, ces émissions peuvent être vues comme des examens de passage dans le monde dit adulte : réaliste, matérialiste et cynique. Les modèles présentés s'imposent par ce "besoin de s'identifier", si fort à l'adolescence, et avec lequel les spectacles audiovisuels jouent. "Sortir de sa condition" est à la fois l'objectif des candidats et des participants, et le ressort captant l'attention des jeunes téléspectateurs.
Au programme donc : sélection, compétition, exclusion... Une programmation en fait, assumée pleinement et interactive : "Téléphonez et votez pour le(s) participant(s) de votre choix". Et il s'en trouve pour appeler et sacrifier ceux qui, jetés en pâture en une espèce de rite d'initiation, n'auront pas su plaire. La foule se repaît ainsi de la fin de l'enfance, de la perte de l'innocence, de l'exposition des illusions et du "paradis" perdus.
«Ave Caesar (ou Imperator), morituri te salutant», criaient les gladiateurs en direction de l'empereur romain. «Salut Empereur, ceux qui vont mourir te saluent». Sous l'empire de la télévision, la jeunesse et ses idéaux sont ainsi immolés dans et devant le poste, et modelés à l'image de la société. Les voilà mûrs pour servir le système mercantile. Sans autre ambition. Ils défilent avant le combat, tellement vivants, mais déjà "morts".
16:55 Publié dans Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : télé-réalité, expulsion, mise à mort, cirques télévisés, adolescents, adulescents, immaturité, reprogrammation, société telle qu'elle est, vie professionnelle et sociale, grand jeu, élimination des rivaux, accéder aux meilleures places, décors factices, rebondissements scénarisés, nombrils du monde, parvenus, examens de passage, monde dit adulte, réaliste, matérialiste, cynique, sortir de sa condition, sélection, compétition, exclusion, fin de l'enfance, perte de l'innocence, exposition des illusions et du paradis perdus, sous l'empire de la télévision, jeunesse et idéaux immolés, servir le système mercantile, ceux qui vont mourir vous saluent |
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08/04/2026
Ne pas tomber plus bas encore (Aux origines de la télé-poubelle)
On n'arrête pas le progrès. Au printemps 2001, la télévision nous offrait le spectacle de jeunes écervelés, cobayes volontaires d'une expérience qui allait faire date dans l'histoire de la psychologie de bistrot : Loft Story. L'on pouvait remarquer que le titre même de cette émission promettait des "love stories" torrides dans cette nauséeuse promiscuité de chambrée, entre camarades et caméras.
Quoi de choquant, disaient certains, puisqu'ils sont consentants ? Et puis, l'étalage de la vie privée, véritable ressort à audimat, n'en finissait pas de s'étendre à l'espace public. Cet exhibitionnisme, autrefois réservé aux artistes, se généralisait par les médias et trouvait des alliés de poids avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication (téléphone portable, internet...).
De même, quoi de choquant dans la démarche de ces candidats à la richesse et à la célébrité ? L'exemple de l'arrivisme de certaines de nos "élites" venait donner des idées à tous ceux, moins doués, qui souhaitaient s'élever dans l'échelle sociale. Quant à la pornographie larvée, elle s'insinuait et se banalisait un peu plus chaque jour dans une société indifférente ou complice.
Nous étions bien entendu très loin d'un retour à l’"Ordre moral" régulièrement invoqué sur un mode alarmiste par des partisans de la licence des mœurs. Nous n'étions même plus dans l'immoralité, car cela aurait supposé l'existence d'une norme morale. Non, nous étions dans l'amoralité. Chaque individu arrangeant sa propre morale, sans référence aucune, et claironnant : «C'est mon choix !».
Il aurait fallu bien sûr réfléchir sur notre curiosité malsaine, ce voyeurisme caressé dans le sens du poil par des médias sans scrupules. Il aurait fallu également examiner de plus près cette vraie-fausse réalité, où des gens soi-disant "comme tout le monde" simulaient, paradaient ou se donnaient en spectacle ; la représentation de leur "tranche de vie" de composition, livrée en pâture sous l'estampille illusoire "real TV".
Il aurait fallu aussi analyser cette "télé-poubelle" : miroir de notre nature humaine, hélas dans ses aspects les plus affligeants. Il aurait fallu surtout poser le principe de la dignité de la personne humaine, car c'était bien cela qui était en jeu, le respect de soi, de son intimité, de son intégrité physique et psychique. Et si progrès il n'y avait pas, il aurait fallu arrêter l'escalade, juste pour ne pas tomber plus bas encore.
18:11 Publié dans Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : loft story, love stories, étalage de la vie privée, audimat, espace public, exhibitionnisme, médias, nouvelles technologies de l'information et de la communication, richesse, célébrité, arrivisme, s'élever dans l'échelle sociale, pornographie larvée, société indifférente ou complice, ordre moral, licence des moeurs, immoralité, amoralité, c'est mon choix !, curiosité malsaine, voyeurisme, vraie-fausse réalité, "real tv", télé-poubelle, nature humaine, dignité de la personne humaine, respect de soi, respect de son intimité, respect de son intégrité physique et psychique, progrès, escalade |
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