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01/11/2013

"Souviens-toi, homme, que tu es poussière..."

«Les vivants ont peur des morts. C'est pourquoi ils disent immanquablement du bien de ceux qui viennent de disparaître» écrivait Françoise Giroud qui "détestait les embaumements" d'après le journal Le Monde. La cofondatrice de L'Express, journaliste et écrivain, secrétaire d'Etat à la condition féminine puis à la culture avait peut-être raison. Mais on peut ajouter que les vivants espèrent peut-être aussi qu'ils seront "payés de retour".

Un bel éloge funèbre prononcé si possible par une personnalité, n'est-ce pas un beau rêve pour un mortel ? Le voilà paré de toutes les qualités pour franchir les portes du paradis. Si c'est un "important", et mort en exercice, on saluera son dévouement exemplaire, le don de sa personne, son sacrifice jusqu'au bout..., et blablabla. En oubliant qu'il n'a fait que ce qu'il aimait et que souvent ce sont ses proches qui ont été sacrifiés.

Sœur Emmanuelle, avec son franc-parler, disait dans son livre Vivre, à quoi ça sert ? chez Flammarion : «On me parle de sacrifice, ça me fait rigoler ! Quand on aime, il n'y a pas de sacrifice, mais une dilatation. Le sacrifice, c'est encore de l'égoïsme pur. Celui ou celle qui prétend se sacrifier ne fait que construire l'idole de soi-même, sa statue héroïque de sainte-Nitouche que les autres doivent élever sur l'autel dressé à sa propre gloire».

Les justifications souvent avancées, tels «Le service des autres, le souci du bien public, écrivait l'académicien Bertrand Poirot-Delpech dans Le Monde, ne servant qu'à masquer, chez ces ambitieux pathologiques, le soin de leur statue, de leur stature, d'une certaine pause, regard à la caméra, sérieux comme un pape, torse et front bombés, mèche proprette de communiant n'en revenant pas, décidément, d'être soi, si excellent».

Mais pour lui comme pour le commun des mortels commence le retour au néant. La crémation est la solution qui a tout pour plaire. Définitive, rapide, pratique, économique, "hygiénique" (sic), tout y pousse, y compris les constructions de crématoriums et les progrès de l'incrédulité. Et puis, peut-être qu'à la peur de mourir se superpose la peur de pourrir ; le culte du corps mettant ainsi à mal le culte des morts dont on perd la trace.

Sinon on attend la fin de la concession dans le cimetière, au plus deux générations, quand plus personne ne le réclamera, pour jeter ses restes dans la fosse commune ou pour les incinérer et les disperser sur "les jardins du souvenir" comme ils disent, qui sont en fait les décharges de l'oubli. Un mort ne survit ici-bas que le temps de la mémoire de ceux qui l'ont connu. Ni les regrets ni son souvenir ni même son repos ne sont éternels.

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