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25/11/2014

Victoire de la démocratie ?

Rappelez-vous. La démocratie avait été désignée par beaucoup de commentateurs comme la grande gagnante de l'élection présidentielle de 2007. Les foules dans les meetings, la participation électorale... témoignaient pour nos "experts" d'un regain de vitalité démocratique. Mais en s'appuyant sur les propos tenus à l'époque par Denis Muzet dans le journal Le Monde, on pouvait se demander si l'explication de cet engouement ne résidait pas plutôt dans «l'attente des citoyens, leur désir de politique» qu'il jugeait «considérable». Nuance !

Car pour ce qui est de la démocratie, ce sociologue des médias qui dirige Médiascopie, institut d'études spécialisé dans la mesure et l'étude de l'impact sur les publics de la communication et des médias, et qui préside l'Observatoire du débat public, était plutôt très inquiet, du fait que disait-il «on est passé de la conviction à la croyance». Avec cette tendance chez nombre de candidats et de candidates à ces élections d'emprunter à l'histoire ou au religieux.

Les raisons de ce glissement sont multiples. «On assiste à un bombardement quotidien d'infos brèves, ce que j'appelle la "mal-info", constatait Denis Muzet. (...) C'est le règne du "fast news", qui submerge les individus, et qui a l'avantage, parce que l'info est plus courte, d'être plus crédible. Or, la politique n'échappe pas à ça. L'information politique est en miettes, ce qui ne favorise pas l'émergence de sens.» Comment reconstituer le puzzle ?

Trop d'infos tue l'info : «les gens sont largués ou bien ils ferment les oreilles et attendent que ça passe. Pour certains il y a saturation». Et puis, «La politique est illisible aussi en raison de la complexité des enjeux, par temps de mondialisation. Nos enquêtes montrent que dès qu'un dirigeant tient un raisonnement macroéconomique ou macro-social, les gens décrochent. Ils n'entendent que ce qui relève de leur quotidien».

Quant à ce qu'ils retiennent... «C'est une tendance lourde depuis vingt ans que cette difficulté croissante à écouter un homme politique parler. Autrefois, quand nous interrogions les téléspectateurs après une émission, la mémorisation était bonne. Aujourd'hui, elle a diminué comme peau de chagrin, les gens se souviennent de moins en moins de ce qui a été dit, ils se rappellent d'un geste, d'un sourire, d'une intonation ou d'une formule.»

«Même la fameuse petite phrase est devenue trop longue» ; il faut descendre à l'échelle du mot. Fini «le discours argumentatif». Place à l'image, aux symboles : à «l’agir». On ne peut s'empêcher de rapprocher cela des observations du "collectif pour la refondation de l’École" portant sur l'insuffisante maîtrise de la langue française et sur le recul de la capacité de raisonnement. Tout cela ne peut pas faire une démocratie bien vaillante.

20/05/2014

La loi du nombre

«Y’a trois choses importantes dans l'histoire : premièrement le nombre, deuxièmement le nombre et troisièmement le nombre (...)» dit le personnage principal, professeur d'histoire, au début du film de Denys Arcand Le déclin de l'empire américain. «Ça veut dire (...) que l'histoire n'est pas une science morale. Le bon droit, la compassion, la justice... sont des notions étrangères à l'histoire.» Flaubert parlait de «droit du nombre».

Le nombre. Voilà bien un des problèmes principaux des Occidentaux, bientôt «cernés au milieu de sept milliards d'hommes» comme l'écrivait en 1985 Jean Raspail dans la préface à la troisième édition de son livre Le Camp des Saints chez Robert Laffont. Un problème d'autant plus aigu que selon le romancier, «(...) l'Occident est vide (...), l'Occident n'a plus d'âme (...)», alors que «c'est toujours l'âme qui gagne les combats décisifs».

«II me vient souvent l'impression, ajoutait-il, (...) que bien des Français "de souche", aujourd'hui, ne sont plus que des bernard-l'ermite qui vivent dans des coquilles abandonnées par les représentants d'une espèce à présent disparue (...). Ils se contentent de durer. Ils assurent machinalement leur survie à la petite semaine et de plus en plus mollement.» Invertébrés jouissant «d'une richesse héritée et de moins en moins méritée».

«Sous les bannières d'une solidarité interne et "sécurisante" illusoire, ils ne sont plus solidaires de rien, ni même conscients de rien de ce qui constitue l'essentiel fond commun d'un peuple» poursuivait Raspail. Ils font grand cas de leur petite personne, ne se sentent plus "liés par une responsabilité commune, des intérêts communs", ni même par "l'obligation morale de ne pas desservir les autres" ou de "s'accorder une aide mutuelle".

«Sur le plan pratique et matérialiste qui seul peut encore allumer une lueur d'intérêt dans leur regard envieux, ils forment une nation de tout petits bourgeois qui s'est payée et se paye encore en pleine crise (...), des millions de domestiques : les immigrés. Ah ! comme ils vont trembler ! Les domestiques ont d'innombrables familles en deçà et au-delà des mers, une seule et famélique famille qui peuple toute la terre» prévenait Raspail.

«Mais le tout petit bourgeois sourd et aveugle reste bouffon sans le savoir. Encore miraculeusement à l'aise dans ses grasses prairies d'Occident, il crie en louchant sur son plus proche voisin : "Faites payer les riches !" Le sait-il seulement, mais enfin le sait-il ! que le riche c'est précisément lui, et que ce cri de justice, ce cri de toutes les révoltes, hurlé par des milliards de voix, c'est contre lui et contre lui seul que bientôt il s'élèvera.»