08/06/2026
Trois petits tours et puis s'en va
"Passer le temps", tel semble être le destin de l'homme. Son "emploi du temps" très chargé lui fixe ses occupations d'employé, de consommateur... Le mode d'emploi de sa vie est catégorique : pas de "temps morts", "tuer le temps", le "temps libre" doit être occupé. Le passe-temps plutôt que l'ennui, cette "impression de vide, de lassitude causée par le désœuvrement, par une occupation monotone ou dépourvue d'intérêt".
Le rapport d'activité de l’homme doit être en fait comme sa vie : bien rempli ! Pas question de «laisser du temps au temps». Il convient de se dépenser et de dépenser "à temps plein". "Trouver le temps long" est tout simplement insupportable, inacceptable. Tout doit être "court, concis, succinct, bref, instantané". La faveur va à ce qui "ne dure qu'un temps", à ce qui est éphémère, provisoire. "Tout passe, tout lasse, tout casse".
"Faire un bon temps", mieux : "réaliser le meilleur temps", voilà la condition pour "être dans la course", "rester dans la course". Et puis "se distraire pour oublier", s'étourdir. Mais à vivre "en deux temps, trois mouvements", "en un temps record" pour "ne pas voir le temps passer", l'homme finit "rattrapé par le temps". "La course du temps" s'impose à lui : il "ne fait que passer". "Ça passe ou ça casse" ? Ça casse toujours.
L'homme doit se résoudre à "n'avoir qu'un temps". Très vite, il se trouve "n'être plus dans la course", "être à bout de course". Et souvent, c'est au moment où tout lui fait comprendre qu'il "a fait son temps", qu'il se décide à "ouvrir les yeux", à "voir la réalité telle qu'elle est". Trop tard. Les "contes et légendes" qu'on lui a chantés sur tous les tons, et qui l'aidaient à continuer, ne lui sont désormais d'aucun secours.
"Ah ! Si j'avais su !" l'entend-on marmonner. Mais en retour la société ne fait que crier : "Au suivant !". Cette société policée - en apparence, car pas si humaine que cela - où tout doit être fonctionnel, y compris l'homme destiné telle une chose à d'abord "remplir une fonction pratique" : "facile à utiliser, commode, efficace". Ici, "pas de sentiment !", il faut assurer le fonctionnement du Mécanisme, la construction du Meccano.
L'homme n'est qu'un mécano de passage dont le rôle est d’"assurer la continuité". Pas d'à-coup ni de rupture, tout doit être fait pour obtenir de cet "animal" si difficile à mener, une parfaite collaboration, et pour ne pas entraver le mouvement de la Belle Mécanique ; "le changement" n'étant concevable que "dans la continuité". Et pour éviter à l'homme de gamberger, quoi de mieux que de ne pas lui en laisser le temps et de l'occuper en continu !?
11:57 Publié dans Mépris de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : destin de l'homme, passer le temps, emploi du temps, occupations, employé, consommateur, pas de temps morts, tuer le temps, temps libre, passe-temps, activité, laisser du temps au temps, se dépenser, dépenser, à temps plein, trouver le temps long, ne durer qu'un temps, faire un bon temps, réaliser le meilleur temps, être dans la course, rester dans la course, en deux temps trois mouvements, en un temps record, ne pas voir le temps passer, rattrapé par le temps, la course du temps, n'avoir qu'un temps, n'être plus dans la course, être à bout de course, avoir fait son temps, réalité, société, l'homme fonctionnel, remplir une fonction pratique, pas de sentiment, mécanisme, meccano, mécano, assurer la continuité, la belle mécanique, changement dans la continuité, occuper l'homme en continu |
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12/09/2019
Notre temps figé par l'image trompeuse ?
Nous ne savons plus d'où nous venons, ni où nous allons. Plantés dans l'instant, nous sommes telles des statues de sel : pétrifiés, médusés, comme sous le coup de l'émotion ; ou changés en narcisse à force de nous (ad)mirer. Oscillant entre le détachement, la démission ou le rejet du présent. Et si nos existences figées et la fascination des images qui fixent l'instant présent, étaient les deux faces d'un même problème ?
Oh ! certes, nous bougeons. A rendre floue toute photographie prise sur le vif. A nous rendre fous. Mais pour quoi faire ? Nous remuons et nous appelons cela agir. Nous faisons vite, mais faisons-nous bien ? Cette fureur de vivre ne nous conduirait-elle pas en fait à tourner en rond ? Centrés sur notre petit monde, focalisés sur nous-mêmes. Et notre principale préoccupation ne serait-elle pas notre image, notre réputation ?
Alors que le festival Visa pour l'image de Perpignan va s'achever, remémorons-nous le regard critique qu'il y a une vingtaine d'années deux hautes personnalités portaient sur notre civilisation de l'image, de la représentation. Ainsi, la photographie n'apparaissait pas aux yeux de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, «comme une fin en soi». Quant au philosophe Jean Baudrillard, il s'en prenait au photojournalisme et à sa tendance à «privilégier toujours le spectaculaire».
«Garder son regard derrière un objectif est réducteur, expliquait le premier au Figaro Magazine. On peut manquer des actions qui se déroulent hors champ, un cadrage peut se révéler trompeur. Il est important de laisser libre son regard pour capter l'ensemble des événements. Ne pas se focaliser sur des images mais sur des rencontres, des témoignages, des recherches. L'acte photographique peut empêcher de voir.»
«Il est important de ne pas figer une réalité visuelle sans l'accompagner d'un texte. La vie, la continuité d'une image passent par l'écriture. Sinon une image s'avère réductrice de la réalité et peu fiable.» Le second renchérissait dans Le Monde : «C'est se faire beaucoup d'illusions que de croire que les images peuvent témoigner de la réalité. L'image est une représentation autre que le réel. On transmet bien plus d'informations avec le texte».
De plus, en "temps réel", sans recul, «le temps de la réflexion est court-circuité. L'écran a brisé la distance entre l'événement, l'image, la perception. L'écran fait écran à l'imagination». "Sortir des clichés" pourrait donc peut-être nous aider à sortir de L'ignorance, titre d'un roman de Milan Kundera qui pensait que l'homme est incapable de juger le présent, d'y adhérer, s'il ne sait pas vers quel avenir ce présent le mène.
10:41 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'instant, statues de sel, narcisse, détachement, démission, rejet du présent, pétrifiés, médusés, sous le coup de l'émotion, figés, fascination des images, visa pour l'image, perpignan, civilisation de l'image, représentation, photographie, claude lévi-strauss, jean baudrillard, photojournalisme, spectaculaire, figaro magazine, laisser libre son regard, se focaliser sur des rencontres, des témoignages, des recherches, texte, écriture, journal le monde, illusions, réalité, temps réel, temps de la réflexion, distance, sortir des clichés, l'ignorance, milan kundera, présent, avenir |
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04/06/2018
"Tromper pour gagner"
«Les grands appellent honte le fait de perdre et non celui de tromper pour gagner.» Nicolas Machiavel, l'auteur du Prince, ouvrage écrit en 1513, donnait ici un élément-clé pour comprendre la psychologie des hommes de pouvoir. Et l'on peut se demander si cet état d'esprit ne diffuse pas dans toutes nos sociétés gagnées par "la gagne" (la volonté de gagner ; la victoire, la réussite}, où le résultat prime sur l'art et la manière.
Paul Valéry écrivait que «La politique consiste dans la volonté de conquête et de conservation du pouvoir». Le pouvoir, pour quoi faire ? Pour ne pas "avoir à faire", juste "bien dire" et laisser faire ceux qui font ce qu'on leur dit. Le parti est le moyen d'y parvenir. Voilà pourquoi, selon Charles Péguy, «Tout parti vit de la mystique et meurt de sa politique». La mystique pour mystifier et gagner, est bien vite rattrapée par les réalités.
Du rêve à la réalité, de ses désirs aux réalités, le chemin est rude. «A qui vit de fiction la vérité est infecte» disait Victor Hugo. On ne veut pas connaître la vérité. «Le monde se nourrit d'un peu de vérité et de beaucoup de mensonge» (Romain Rolland) et le détromper n'est pas conseillé, car aux dires de Blaise Pascal : «Dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu'ils se font haïr».
Désirant le confort, la sécurité, subordonnant tout à notre intérêt, remplis de préjugés, nous n'aimons pas que nos idées ou projets soient contrariés. Nous ne supportons pas la contradiction, mais recherchons l'approbation, la confirmation. Dans notre cocon, bercés de vaines promesses, par des histoires à dormir debout, nous fermons les yeux. «Pour enchaîner les peuples, on commence par les endormir» observait Jean-Paul Marat.
Aussi nous prenons l'apparence du pouvoir pour la réalité. Les apparences sont trompeuses. Jean Peyrelevade, qui a dirigé le Crédit lyonnais, Suez et l'UAP, mettait l'accent dans son livre Le Capitalisme total au Seuil, sur l'impuissance du pouvoir politique dans un système où «La norme technique a remplacé la loi ; la commission indépendante, le législateur ; l'expert, l'homme politique ; et l'organisation internationale, l'Etat».
Les financiers tirent les ficelles, et les dirigeants avec leurs concitoyens «tirent chacun par le fil de ses passions ou de ses intérêts, et (...) en font des marionnettes» (Balzac). Qu'ils font vivre selon un seul modèle, celui de l'entreprise, dont Andréu Solé, professeur de sociologie à HEC, disait que «c'est un totalitarisme», puisque tout gravite autour et se fait par rapport à elle. Décider de tout, forcer l'obéissance, là est le vrai pouvoir, caché.
11:01 Publié dans Pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tromper, gagner, nicolas machiavel, hommes de pouvoir, victoire, réussite, paul valéry, politique, parti, charles péguy, rêve, désirs, réalité, fiction, vérité, victor hugo, mensonge, romain rolland, blaise pascal, vaines promesses, histoires à dormir debout, jean-paul marat, apparence du pouvoir, jean peyrelevade, le capitalisme total, impuissance, financiers, dirigeants, balzac, modèle de l'entreprise, andréu solé, totalitarisme, décider de tout, forcer l'obéissance, pouvoir caché |
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