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04/06/2018

"Tromper pour gagner"

«Les grands appellent honte le fait de perdre et non celui de tromper pour gagner.» Nicolas Machiavel, l'auteur du Prince, ouvrage écrit en 1513, donnait ici un élément-clé pour comprendre la psychologie des hommes de pouvoir. Et l'on peut se demander si cet état d'esprit ne diffuse pas dans toutes nos sociétés gagnées par "la gagne" (la volonté de gagner ; la victoire, la réussite}, où le résultat prime sur l'art et la manière.

Paul Valéry écrivait que «La politique consiste dans la volonté de conquête et de conservation du pouvoir». Le pouvoir, pour quoi faire ? Pour ne pas "avoir à faire", juste "bien dire" et laisser faire ceux qui font ce qu'on leur dit. Le parti est le moyen d'y parvenir. Voilà pourquoi, selon Charles Péguy, «Tout parti vit de la mystique et meurt de sa politique». La mystique pour mystifier et gagner, est bien vite rattrapée par les réalités.

Du rêve à la réalité, de ses désirs aux réalités, le chemin est rude. «A qui vit de fiction la vérité est infecte» disait Victor Hugo. On ne veut pas connaître la vérité. «Le monde se nourrit d'un peu de vérité et de beaucoup de mensonge» (Romain Rolland) et le détromper n'est pas conseillé, car aux dires de Blaise Pascal : «Dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu'ils se font haïr».

Désirant le confort, la sécurité, subordonnant tout à notre intérêt, remplis de préjugés, nous n'aimons pas que nos idées ou projets soient contrariés. Nous ne supportons pas la contradiction, mais recherchons l'approbation, la confirmation. Dans notre cocon, bercés de vaines promesses, par des histoires à dormir debout, nous fermons les yeux. «Pour enchaîner les peuples, on commence par les endormir» observait Jean-Paul Marat.

Aussi nous prenons l'apparence du pouvoir pour la réalité. Les apparences sont trompeuses. Jean Peyrelevade, qui a dirigé le Crédit lyonnais, Suez et l'UAP, mettait l'accent dans son livre Le Capitalisme total au Seuil, sur l'impuissance du pouvoir politique dans un système où «La norme technique a remplacé la loi ; la commission indépendante, le législateur ; l'expert, l'homme politique ; et l'organisation internationale, l'Etat».

Les financiers tirent les ficelles, et les dirigeants avec leurs concitoyens «tirent chacun par le fil de ses passions ou de ses intérêts, et (...) en font des marionnettes» (Balzac). Qu'ils font vivre selon un seul modèle, celui de l'entreprise, dont Andréu Solé, professeur de sociologie à HEC, disait que «c'est un totalitarisme», puisque tout gravite autour et se fait par rapport à elle. Décider de tout, forcer l'obéissance, là est le vrai pouvoir, caché.

16/07/2013

Science-fiction ?

Tout ce qui n'est pas établi sur des bases fermes, est facile à ébranler. Sur quoi sont établies notre civilisation et notre définition de l'homme ? La civilisation, d'après le dictionnaire, est l'ensemble des caractères communs aux vastes sociétés considérées comme avancées ou l'ensemble des acquisitions des sociétés humaines (opposé à nature, barbarie). «Tout ce que l'homme a (...) ajouté à l'Homme» disait Jean Rostand.

Quant à l'homme, ses principaux caractères spéciaux sont la station verticale, la différenciation fonctionnelle des mains et des pieds, la masse plus importante du cerveau, le langage articulé, l'intelligence développée, en particulier la faculté d'abstraction et de généralisation. Ajoutons la faculté d'adaptation : l’"aptitude à modifier sa structure ou son comportement pour répondre harmonieusement à des situations nouvelles".

Cette faculté-là, non spécifique à l'espèce humaine, est particulièrement recherchée dans un monde en constante et rapide évolution. Mais jusqu'où est-on prêt à aller pour limiter le nombre des récalcitrants, des "psychorigides" et des inadaptés (sans parler des inaptes et des malades mentaux) ? La difficulté de rééduquer les asociaux, les exclus, les marginaux pourrait-elle nous amener à des mesures plus efficaces en amont ?

La science permettrait-elle un jour d'exercer des "pressions de sélection" pour favoriser la mutation des individus et les rendre adaptables aux mutations de la société ? Et les progrès notamment en psychologie sociale et dans la connaissance du cerveau, accouplés aux progrès de la génétique, des biotechnologies et des nanotechnologies, pourraient-ils donner naissance à un homme nouveau, parfaitement adapté et discipliné ?

Mais cet homme nouveau - sélectionné, amélioré, conditionné, manipulé... - serait-il encore un homme ? Ou aurait-il perdu, comme de toute évidence le libéralisme, son visage humain ? Agissant plus par réflexe que par réflexion, diverti par les "usines à rêves", stimulé ou apaisé c'est selon par les psychotropes, préférant "ne pas savoir"..., il serait le membre idéal d'une société idéale, sans idéal, où régnerait le calme social et politique.

Une société où il serait ainsi possible - peut-on l'imaginer ? - de commander et contrôler à la perfection les processus sociaux, politiques, économiques pour le plus grand "bonheur" de tous, est-ce un rêve ou un cauchemar ? Est-ce la civilisation ou une forme de barbarie, une seconde nature contraire à la nature humaine et à «une existence conforme à la dignité humaine», pour reprendre la Déclaration des droits de l'homme ?