Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/11/2012

Sans l'écrit, tout est possible

L'information était passée presque inaperçue, entre guerre et terrorisme fin 2001. Pourtant elle n'était pas sans intérêt face à la situation du moment où la manipulation par l'intermédiaire des médias de masse audiovisuels, battait son plein. Face aussi au fait qu'une grande majorité de nos contemporains, fascinés et façonnés par les images, se font leur opinion essentiellement à partir de la télévision.

L'éducation nationale avait publié les résultats de tests effectués par des jeunes de 17 ans au cours de journées d'appel de préparation à la défense. Il ressortait qu'ils n'étaient que 11,6 % à éprouver des "difficultés de lecture". La vérité était en fait plus crue : plus de 20 enfants sur 100 ayant fréquenté plus de dix ans l'école, ne comprenaient pas ou superficiellement un texte court et simple (selon un rapport nettement plus fiable).

On n'osait imaginer les résultats pour un texte plus long et difficile ou pour l’ensemble de la population. Il apparaissait plausible que 40 % des adultes français se montrent incapables de saisir vraiment une rédaction en langage courant. Score auquel était parvenue une étude internationale de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), que la France avait désavouée avant sa publication définitive, pour raison de désaccord sur la méthode.

Le refus du diagnostic ne supprimait pas le mal. Même si à l'époque, nos gouvernants parvenaient par des artifices à maintenir l'illusion que le niveau montait. Ce qui était sans doute vrai dans les matières scientifiques ou techniques, mais ne l'était plus concernant la lecture et l'écriture (sans oublier l'expression orale) où l'échec patent soulignait l'inutilité des multiples réformes passées.

L'illettrisme touchait encore davantage les jeunes ayant quitté le système scolaire sans diplôme au niveau de la troisième. Un tiers d'entre eux étaient ainsi condamnés à une certaine exclusion. En effet, en l'absence d'instruction, les débouchés se faisaient plus rares alors et se font encore plus rares aujourd'hui, et surtout l'exercice de la citoyenneté s'en trouve réduit à sa plus simple expression.

Car le plus grave bien sûr est la mise en cause de la liberté individuelle. Sans la faculté d'accéder à l'écrit, seul capable d'apporter une information complète et contradictoire ; sans la faculté de former et de formuler sa pensée, c'est l'esprit d'analyse, de synthèse et critique qui vient à manquer. Et la tentation est grande, puisque c'est possible, de faire ce que l'on veut d'une telle population.

05/10/2012

Flagrant délit de fuite

Ainsi va notre époque : nous nous agitons, mais nous agissons peu, dans le sens de «transformer plus ou moins ce qui est», de changer le monde, de préparer l'avenir. Profiter du moment qui passe, jouir de l'instant, tel semble être notre unique souci. Et foncer tête baissée dans le brouillard, dans le mur peut-être. Au mieux, vouloir refaire le monde en paroles, mais en fait suivre le mouvement, être dans le mouvement.

Et comment pourrait-il en être autrement ? «La Fin de l'histoire» diagnostiquée par Francis Fukuyama, signifie que le modèle de la démocratie libérale paraît aujourd'hui indépassable. Bien sûr, il y aura des coups d'arrêt voire des retours en arrière, mais le chemin apparaît tout tracé. Et mises à part des améliorations ici ou là, notamment concernant la participation des citoyens et des salariés, il n'y a rien d'autre à espérer.

L'avenir n'est plus ouvert. Il n'y a plus d'horizon. Le quotidien envahit notre vie. «Une vie de détails», sans éclat, sans souffle ni élan, faite de "petits bonheurs" dont nous devons nous satisfaire. «No future», mais la routine d'un présent qui ne rime et ne mène à rien. Avec pour obsession : la fuite des temps morts dans des passe-temps stériles, de peur peut-être de nous retrouver seuls face à nous-mêmes et à notre misère morale.

Combien sommes-nous à nous réfugier ainsi dans un monde fictif pour échapper à l'insupportable réalité du présent ? Ce qui a de l'avenir, c'est le virtuel. Les trois "i" - images, icônes, idoles - nous maintiennent dans le "purement symbolique" ou l'illusion. Pourvoyeurs d'émotions, ils nous subjuguent, nous transportent "sur place" par médias interposés : BD, presse illustrée, cinéma, télévision, vidéogramme, ordinateur...

Et là devant nos écrans, devant tous ces "miroirs" qui nous renvoient des images d'Epinal, superficielles, des images déformées de la réalité, partielles voire partiales, des images qui nous embrouillent, nous aveuglent, nous abusent et obscurcissent plus qu'elles n'éclairent le présent et l'avenir, nous nous laissons aller, vivre et faire. Déconnectés du monde réel, nous nous vidons l'esprit devant le vide du spectacle présenté.

La torpeur nous envahit. Bien confortablement installés dans notre rêve éveillé, nous vivons sur des acquis et profitons de rentes de situation. Pourquoi ne pas laisser les choses telles quelles ? Ne vaut-il pas mieux ne pas trop réfléchir, ni trop se poser de questions ? et en rester à nos occupations pendant que d'autres s'occupent de parler et parfois d'agir à notre place, de nous endormir et de s'endormir sur des lauriers bien fanés.

11/07/2012

Chasser l'Artificiel, pour revenir au Naturel

Artificiels, ces feux... d'artifice du 14 juillet. Ces fusées et compositions détonantes et étonnantes, brillantes et bruyantes. Lueurs éphémères, illuminations passagères qui s'évanouissent en fumée dans la nuit noire. Comme ces successions rapides, ces explosions d'images sur nos écrans : un vrai feu d'artifice ! Séduisant et fascinant, éclatant et éblouissant, aveuglant et trompeur. Poudre aux yeux. Ecrans de fumée.

Artificiels, ces produits fabriqués par la technique, et si souvent factices. Artificiels : lacs, lumière, fleurs, plantes, prairies, plages, ports, satellites, membres, organes, cheveux, froid, insémination, fécondation, textiles, colorants, arômes, parfums..., et jusqu'à l'intelligence. Artificiels, ces "paradis" où les narcotiques endorment, et les stupéfiants (alcool, tabac, drogues, etc.) étourdissent, engourdissent et paralysent.

Artificiels, ces plaisirs et ces besoins suscités par la société pour vendre ces produits qui le sont tout autant, et finissent en déchets. Ces objets sans objet, sans raison d'être, ces "gadgets" dans lesquels nous cherchons vainement le bonheur. Civilisation du superflu, de l'inutile, de l'accumulation et du gaspillage, du contenant et non du contenu, de l'apparence et non de la réalité, du confort et du bien-être de pacotille.

Artificiels, ces moyens astucieux, utilisés fréquemment pour corriger ou masquer la réalité, pour séduire ; ces ruses pour tromper sur la nature réelle d'une chose, pour déguiser ou cacher la vérité. Artifices de style, de calcul ; artifices cosmétiques, vestimentaires ; artifices politiques, juridiques. Combinaisons, leurres, subterfuges, mensonges dont on use et abuse. Prétextes avancés pour dissimuler les véritables intentions.

Artificiels, ces classements, ces interprétations, ces idées préconçues, ces opinions toutes faites, tout ce qui ne prend pas en considération les caractères naturels, le réel et le rationnel. Explications et jugements arbitraires, croyances, partis pris..., qui sont comme des emplâtres sur des "pensées de bois" : figées par l'intoxication de la société du spectacle et de la représentation, qui affaiblit le sens critique et moral.

Artificiel, ce monde qui manque d'authenticité. Ces manières affectées. Ces émotions feintes. Ces sourires forcés. Ces existences frelatées. Cette vie sociale faite de faux-semblants, de simulations et de simulacres. Tout ce qui est contraint, outré, surfait, faux... Et pourtant, il se pourrait bien que pour notre équilibre, celui de la Nature et de la Démocratie, il devienne vital de chasser l'Artificiel, pour revenir au galop au Naturel.