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08/11/2013

La paix !

A l'approche du 11 Novembre, que peut-on souhaiter de plus important que la paix ? Et d'abord, parce que la mort a saisi beaucoup de nos compatriotes cette année et durant l'histoire, souhaitons que tous nos défunts "reposent en paix". "Paix à leurs cendres !" s'exclamait-on encore il n'y a pas si longtemps. Et si certains pensent qu’"il faut laisser les morts en paix", ne pas parler d'eux, d'autres parlent en mémoire d'eux.

Se souvenir de ceux qui sont passés, c'est un peu les faire revenir à la vie, juste le temps d'une pensée. Présents à l'esprit. Les cérémonies ne manquent pas, ces commémorations destinées davantage aux vivants qu'aux morts, où se pressent des officiels venus effectuer ce que Flaubert décrivait si bien : «L'oblique génuflexion des dévots pressés». "Rappeler le souvenir" ne doit pas revenir à battre le rappel des troupes.

Devant les monuments, les plaques..., il n'y a ni victoire ni défaite. Il n'y a que la mort et la longue liste des vaincus, ces hommes broyés par la guerre et la folie de "Grandeurs" se croyant dépositaires de leur vie. Ces "Grandeurs" - les mêmes parfois - honorant ensuite la loyauté, le sens du devoir, la discipline et l'esprit de sacrifice de ces morts, pour mieux pouvoir réclamer ensuite aux vivants, aux petits, les mêmes vertus.

Souhaitons plutôt que s'instaure une paix véritable fondée sur la justice. Un monde sans guerre, est-ce une utopie ? Ce temps de paix ne pourra cependant advenir que si l'on cesse de "vouloir la paix" en paroles tout en "préparant la guerre" en actes. La "paix armée" n'est pas la paix. Cette dernière viendra d'un désarmement concerté des nations et de la création d'une force inter, multi et supranationale de maintien de la paix.

En outre, il y a l’"individu broyé par la société moderne", "empêché de vivre avec plénitude" du fait d'une autre guerre : économique. La paix, ce serait donc aussi un climat de concorde, de coopération plutôt que de méfiance, d'hostilité. "Vivre en paix", "Faire la paix" et renoncer à concourir, à concurrencer, à rivaliser, à lutter pour gagner, et finir par se perdre. Ne pas comparer. Ne se mesurer qu'à soi pour progresser.

"Avoir la paix", voilà donc peut-être notre vœu le plus cher. Arrêter de subir les contraintes, les pressions, les menaces, refuser l'agressivité, la brutalité, la violence, aspirer à la quiétude, à l'harmonie, à la fraternité. Et "Goûter une paix profonde", "Avoir la conscience en paix", loin du bruit, de l'agitation et du désordre. Question de volonté ? Oui, vouloir la paix et aller jusqu'à l'exiger : "La paix !", "Fichez-nous la paix !".

28/06/2013

Quand le rideau tombe

Le 1er juillet 2004 mourait "le plus grand acteur du monde"...

 

Finalement, ne faut-il pas voir dans l'apparente déchéance de Marlon Brando jusqu'à sa mort, une rédemption ? Peut-être avait-il tout simplement renoncé aux apparences trompeuses du cinéma, et sacrifié les apparences ? Un acteur, pour peu qu'il ne se fasse pas tout un cinéma, sait bien que "Tout ce qui brille n'est pas or" et que "L'habit ne fait pas le moine". Derrière le grand écran, le roi est nu et le génie est fou.

La puérilité, la vanité, la vacuité de son activité, de sa vie professionnelle lui étaient sans doute apparues, et sa lucidité ne l'avait ensuite peut-être plus jamais quitté. Ses apparitions "alimentaires" n'ajoutaient rien à sa renommée acquise. Il avait cessé de "jouer", de "se raconter des histoires", de "faire comme si...", de "faire l'enfant". Finies la comédie et "la comédie humaine" ! Fini de faire miroiter le miroir aux alouettes !

Lassé d'interpréter des rôles, de tenir son rôle, conscient peut-être de la réputation usurpée de son propre personnage, il vivait dit-on reclus dans une villa et en manque de revenus. Frisait-il la folie comme d'aucuns le laissaient entendre ? Ou bien avait-il enfin trouvé le repos après bien des folies ? Pascal pensait que «(...) tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre».

Avait-il alors - libéré du poids de l'avenir - touché au bonheur ? Avait-il atteint par ce détachement choisi, une sorte de sérénité malgré les drames vécus : le meurtre par son fils Christian du compagnon de sa fille Cheyenne alors enceinte, puis le suicide de celle-ci ? Ou la douleur ineffaçable le faisait-elle errer comme une âme en peine, seul et tristement, dans les vestiges des jours, hanté par les fantômes du passé ?

Il devait en tout cas avoir "touché le fond", sans doute pas le fond de la misère, mais certainement le fond du désespoir. Car comme un revenant, revenu de loin et revenu de tout, il paraissait vivre "la mort dans l'âme" et promenait ce regard pénétrant et désabusé sur le monde et sur lui-même, s'acharnant semble-t-il à détruire le mythe dont il était l'objet. Rejetant cette image simplifiée et illusoire ; et tout ce cinéma !

Tirer sa révérence : seul moyen pour l'homme de ne plus être un maillon d'une chaîne, un élément d'un ensemble qui lui échappe et dont il ne peut s'échapper ; sauf par la mort. La mort de Marlon Brando n'aura été en définitive qu'une ultime révérence, lui qui s'était retiré de la vie il y a bien longtemps. Que restera-t-il de lui ? Quelques images. Mais ci-gît personne. L'acteur s'est fait incinérer. Tout n'est que cendre. The end.

08/01/2013

Une année folle, comme les autres

L'un est né ainsi : simple d'esprit. De sa démarche saccadée, il s'avance vers l'arrêt de bus et lance à l'inconnu qui attend : «Meilleurs vœux et bonne année». Celui-ci interloqué bredouille un «à vous aussi» qui se perd dans le bruit de la circulation. Le "simplet" se balance alors d'un pied à l'autre. De temps en temps, il meuble le silence. «Il est en retard ce matin» ou «Ça caille ce matin». L'inconnu opine de la tête, pense au travail qu'il retrouve après les fêtes et soupire.

L'autre a peut-être été un jour cet inconnu. Né vif d'esprit, il a réussi de brillantes études, s'est associé dans une entreprise qu'il a fait prospérer, a pris des responsabilités au sein de sa profession. Mari et père de famille comblés, il habite une demeure cossue dans un beau quartier d'une grande ville française. Tout pour être heureux. Mais un jour, il décide que c'en est assez et ne retourne pas au travail après un nième conflit entre collaborateurs ou une nième réunion tendue entre dirigeants du groupe.

Et c'est ici que le simple d'esprit et le vif d'esprit se retrouvent. Tous deux font aujourd'hui de la poterie dans un établissement spécialisé. Bien sûr le simple d'esprit est malade. Il passera sa vie à la charge de sa famille et de la société, en "semi-autonomie" et "semi-inconscience". Le vif d'esprit lui, vient renforcer les rangs des résidents en maisons de repos. Ceux qui ont "craqué", qui ne parviennent plus à supporter la pression, expliqueront certains psychologues en culotte courte.

Des malades qui s'ignorent, voilà en fait ce que seraient ces êtres qui se révèlent "fragiles", parfois à l'occasion d'un simple incident : une goutte qui fait déborder le vase. Et la société et les proches désorientés de les écarter comme s'ils étaient contagieux. Et si tout simplement ces personnes, illuminées, refusaient inconsciemment cette société, ces proches qui en demandent trop ? Et si elles n'avaient jamais été aussi heureuses qu'en faisant de la poterie ? Et si elles avaient en fait tous leurs esprits ?

«(...) Ce qui est "dingue" pour moi, disait un "fou" dans le film Les Ailes de l’enfer, c'est de passer quarante années de sa vie à travailler huit heures par jour, cinq jours sur sept dans un bureau minable, avant d'être jeté et de se retrouver dans un asile de vieillards à appeler la mort de ses vœux, dans l'angoisse de ne pas arriver jusqu'aux toilettes à temps. Pour toi, ce n'est pas de la folie ça ?»