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06/10/2026

Commission d’enquête sur l’audiovisuel public : l’aveu public d’une expression empêchée

Au terme de cet épisode tragi-comique que constitue "l’affaire Charles Sapin", qui aura beaucoup fait pour sa notoriété, il est bon de se remémorer la commission ou plus précisément le rapport Charles Alloncle, car les deux Charles se répondent en quelque sorte. Avec cette interrogation vertigineuse : comment deux syndicats de Radio France ont réussi l’exploit de tout faire pour que soient confirmées certaines conclusions dudit rapport (soulignant le peu de pluralisme - pourtant au fondement de la démocratie - sur les antennes d’un soi-disant service soi-disant public) ? Chronique ordinaire de l’irrespect, de l’intolérance, du sectarisme… pour une chronique de deux minutes trente vers 7 h 40 le dimanche matin sur France Inter, accordée juste pour la forme en cette année d’élection présidentielle. Retour donc sur cette commission d’enquête qui révélait déjà l’idéologie à l’œuvre et le conformisme qui allait avec.

Alors que le Rapport de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public était rendu justement public le 5 mai dernier, et c’est bien la moindre des choses, on oublie qu’au milieu d’un brouhaha savamment entretenu chargé de brouiller les esprits, de décrédibiliser, de discréditer…, un aveu public avait été fait et pas par la moindre des actrices de cet « audiovisuel public », par la Présidente-Directrice générale de Radio France en personne.

Sibyle Veil en effet, interrogée par cette commission d’enquête de l’Assemblée nationale le mercredi 17 décembre 2025, en avait profité pour annoncer la création d’un « outil d’intelligence artificielle » chargé de mesurer objectivement le pluralisme dont ferait preuve Radio France et plus précisément les trois antennes nationales du groupe : France Inter, France Info, France Culture. Mais étonnamment, en évoquant le pluralisme, la PDG de Radio France parlait plutôt de « pluralité de nos offres » et avançait d’autre part qu’il n’était « pas possible aujourd’hui de ficher et de qualifier les intervenants en fonction d’opinions politiques, surtout lorsqu’il s’agit d’experts qui interviennent à l’antenne sans être des personnalités politiques ». Mais s’il s’agit d’« experts » qui publient, qui s’expriment, qui militent…, ou auxquels il suffit de poser la question, où est le problème ?!

Sur le site internet de Radio France, les premiers résultats de ce « Baromètre du pluralisme [sic] » portent sur le mois de novembre 2025 en prenant en compte deux critères on ne peut plus objectifs : la diversité des profils professionnels invités et la diversité des thèmes abordés, mais rien sur la diversité des opinions. Là se situe l’aveu public. Une représentante éminente d’un service public financé par l’argent public, qui se doit de faire respecter « le pluralisme de l’information » qui « garantit l’expression d’une diversité de points de vue, de courants d’opinion et de pensée » (site du Ministère de la Culture), affirme qu’il n’est pas possible de le faire et présente un « outil » dont l’appellation (« baromètre du pluralisme ») fait croire qu’il peut le faire mais qui, dans les faits, ne le fait pas. Et ce en prétendant que c’est « Pour être un miroir le plus fidèle possible de la diversité de la société française ». Quel média a relevé ce fait ? Et l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), si pointilleuse pour des médias d’autres groupes (et qui plus est, des groupes privés) ?

Vous avez dit "diversité" ?

Ainsi, en novembre 2025, arrivent sur le podium comme invités sur France Inter, France Info ou France Culture, les Universitaires ou chercheurs : 23 %, les Journalistes ou éditorialistes (apprécions l’amalgame) : 19 %, les Acteurs culturels ou artistiques : 12 %, fonctions ou professions classiquement classées plutôt "très à droite", n’est-ce pas ?! Soit au total 54 % des invités. Si l’on ajoute au pied du podium les Représentants d’organisation ou d’association qui pèsent pour 10 %, on n’est pas loin des deux tiers des invités sur ces trois antennes publiques, sans doute tous « experts », tous neutres ou impartiaux comme de bien entendu. Pas si simple : arrivent ensuite pour 7 % les Personnalités politiques françaises et pour 7 % encore lesdits Intellectuels, experts ou analystes qui sont donc distingués des Universitaires ou chercheurs -intéressant ! -, puis pour 5 % les Citoyens ou témoins et enfin les Acteurs économiques ou dirigeants d’entreprise (5 %), les Responsables ou hauts fonctionnaires publics (4 %), les Acteurs du monde juridique et judiciaire (3 %), de la santé (3 %), le reste comme le sport étant à 1 % ou moins.

Quant aux thèmes abordés, et il n’est pas précisé sous quel angle, sous quel prisme (ni à quelle heure d’ailleurs), les cinq principaux sont dans l’ordre : 19 % Politique, 13 % Arts, culture, divertissement et médias, 12 % Société, 12 % Économie et finances, 11 % Criminalité, droit et justice, soit là encore près des deux tiers des thèmes traités. Arrivent ensuite : 7 % Science et technologie, 6 % Conflit, guerre et paix, 5 % Santé, 5 % Environnement, 3 % Éducation, 3 % Social, 2 % Vie quotidienne et loisirs. Voilà donc pour la diversité des têtes et des thèmes, avec une précision : le nombre d’invités différents, ici 1669 invités différents au total sur les trois antennes durant le mois de novembre 2025. De la diversité et de la différence donc, mais pas de pluralisme.

Une superpuissance tentaculaire

L’audiovisuel public français, c’est près de 4 milliards d’euros de budget global annuel (hors recettes publicitaires, partenariats…), dont près de 1 milliard versé à des sociétés de production externes privées ; c’est six organismes principaux : France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (FMM) avec la chaîne d’information en continu internationale France 24 et les radios Radio France Internationale (RFI) et Monte Carlo Doualiya (MCD), ARTE-France, l’Institut national de l’audiovisuel (INA), TV5 Monde, sans compter La Chaîne Parlementaire Assemblée nationale (LCP) et Public-Sénat ; c’est 61 stations de radio dont 6 réseaux nationaux : France Inter, France Info, France Culture, France Musique, FIP (France Inter Paris), Mouv’ et le réseau "Ici" (ex-France Bleu) avec ses 44 radios locales en métropole (sans oublier les 9 radios La1ère en Outre-mer) ; c’est 16 chaînes de télévision dont 5 chaînes nationales : France 2, France 3, France 4, France 5, France Info, 24 chaînes locales en métropole (réseau France 3 Régions) et 9 chaînes en Outre-mer (La1ère) ; c’est un ensemble de services numériques et de vidéo à la demande (france.tv, radiofrance, franceinfo:, ici, Lumni, Okoo, France TV Slash...).

C’est environ 13 000 collaborateurs pour France Télévisions et Radio France, c’est un salaire brut moyen de plus de 72 000 € par an à France Télévisions (et une trentaine de directeurs dont la rémunération dépasse celle du Président de la République) ; c’est par exemple 14 semaines de congés par an (avec RTT, jours de récupération, repos compensateurs…) pour des journalistes de Radio France, c’est 81 millions d’euros de déficit cumulé entre 2017 et 2024 chez France Télévisions et 29,4 % de part d’audience en 2005, ce qui en fait le premier groupe français, juste au-dessus du groupe TF1 et ses 27,2 %. A comparer avec le groupe M6 : 13,3 %, RMC-BFM : 7,5 % ou le groupe Canal+ et ses 6 %, si souvent dans le viseur, avec trois chaînes de télévision (Canal+, CNews, CStar) sans oublier les plateformes de VOD myCANAL ou Dailymotion et la production audiovisuelle avec StudioCanal et Banijay, auxquelles on peut ajouter les radios Europe1, Europe 2 et RFM si l’on veut parler du groupe dit Bolloré en restant sur la partie audiovisuelle. Vraiment, sans comparaison aucune.

D’autant plus que côté radios, Radio France a une part d’audience de 14,5 % (France Inter) + 4 % ("Ici", ex-France Bleu) + 3,3 % (France Culture) + 4,7 % (France Info) + 1,7 % (France Musique) + 1,8 % (FIP) + 0,3 % (Mouv’) = 30,3 % au premier trimestre 2026, soit à peu près la même audience que France Télévisions. Toujours à comparer, pour ne prendre que les radios à programmes généralistes ou musicaux, avec le groupe M6 (RTL, RTL2 et Fun Radio) : 10,9 % + 2,7 % + 3 % = 16,6 %, le groupe Lagardère News (Europe1, Europe 2, RFM) : 5,1 % + 0,9 % + 2,3 % = 8,3 %, ou RMC = 5,9 %. Là encore, aucune comparaison possible.

La ligne officielle

En fait, ce qui ressort des auditions publiques de la commission d’enquête parlementaire mais aussi par exemple de deux études et d’un rapport de l’Institut Thomas More, c’est que l’audiovisuel public en France est un État dans l’État, que s’il y a un empire médiatique, c’est bien lui, et que son obligation de neutralité est loin d’être observée. Sa puissance de frappe est sans commune mesure, car elle repose essentiellement sur l’image et le son, qu’elle passe par une multiplicité de médias, qu’elle utilise tous les types de programmes possibles (information, magazine, documentaire, fiction, jeux, variétés…) et qu’elle couvre tout le territoire national. Du côté du manche (le politiquement correct ou la pensée convenue) et de son côté (les statuts privilégiés. Qu’en disent d’ailleurs certaines de nos grandes institutions très à cheval sur les grands principes comme celui d’égalité, par exemple entre privé et public ?), l’audiovisuel public est co-dirigé par des syndicats, des Sociétés de journalistes (SDJ) et des dirigeants ou plutôt des gestionnaires qui font assez souvent allégeance. Certains se voient même comme d’un camp en lutte contre un autre camp (conservateur ou libéral-conservateur, réactionnaire, "d’extrême-droite"…) voire se voient comme d’une société contre une (contre-)société ou d’une nouvelle France contre une ancienne France (« blanche, raciste, hétéropatriarcale, islamophobe et sexiste » selon la formule de Jean-Claude Michéa) et revendiquent presque de défendre une ligne éditoriale consistant non seulement à dire ce qu’il faut penser mais aussi et surtout ce à quoi il faut penser, c’est-à-dire une ligne officielle.

Ce n’est pas un hasard si la catégorie "Universitaire ou chercheur" est la plus représentée parmi les invités de France Inter, France Info et France Culture, pesant près du quart des invités de ces trois antennes. Les universitaires ont en effet la caractéristique de pouvoir être juge et partie. Et c’est exactement ce qu’une partie des émissions, des animateurs ou des intervenants de certaines chaînes ou stations de l’audiovisuel public tentent de faire : présenter leurs opinions partisanes comme le vrai, le juste, le bon et finalement le bien, la liberté d’expression étant donc réservée à l’expression de ces opinions, qu’ils ne voient peut-être même pas comme telles mais comme des faits indiscutables, des appréciations irréfutables, des aspirations légitimes… Ces acteurs de l’audiovisuel public deviennent les "arbitres des élégances" où leurs arguments d’autorité se font passer pour des jugements sûrs. Et l’on peut toujours multiplier les points de vue, il n’en demeure pas moins qu’ils se situent majoritairement au sein d’un même courant d’opinion et de pensée : le progressisme, trop souvent confondu avec le progrès.

Progressisme, quand tu nous tiens !

Un progressisme qui ne répond plus à ses définition passées, qui pour résumer, ne veut plus transformer les structures sociales et politiques mais faire table rase, ne veut plus rassembler mais fragmenter, ne veut plus jouer collectif mais individuel, un progressisme qui discrimine, traite défavorablement au nom de l’égalité, censure ou stigmatise ou terrorise au nom de la vérité, uniformise au nom de la diversité, la cohésion recherchée étant basée sur des pensées hégémoniques ou une non-pensée, soit une idéologie dominante. Une utopie où, pour paraphraser, ils prennent leurs désirs pour la réalité car ils croient en la réalité de leurs désirs, et veulent imposer une réalité alternative, réellement désirée, et les voilà avec leurs rêves qu’ils n’abandonnent jamais, poursuivant leur chimère tout autour de la Terre à la recherche de l’El Dorado.

Préférant l’idéologie à l’idéal, ils se sont perdus non par humanisme mais par pur, candide ou naïf angélisme ; et qui fait l’ange fait la bête. Mais « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête » écrivait Blaise Pascal dans ses Pensées. Et ils se révèlent d’épouvantables sectaires et censeurs, terroristes intellectuels, chasseurs de sorcières, prêts à tout sacrifier, y compris les principes et idéaux humanistes, démocratiques et républicains, pour faire advenir un monde meilleur et le meilleur des mondes, un paradis sur terre peuplé d’individus divers et métissés, à la fois différents encore d’apparence mais tous semblables dans la tête, sans appartenance et pensant à peu près la même chose, et surtout ouverts à tous les possibles.

Et pas de discussion !

Pour André Perrin, « il faudrait plutôt parler de néoprogressisme car, sous la forme nouvelle du wokisme, il constitue une trahison du progressisme des origines, héritier de la philosophie des Lumières de la Révolution française, qui croyait à l’universalité des droits de l’homme, au pouvoir émancipateur du savoir, à l’objectivité de la science, qui luttait pour la laïcité et contre l’antisémitisme ». Cet agrégé de philosophie, ancien professeur de classes préparatoires et inspecteur d’académie, répond au journaliste Kévin Boucaud-Victoire dans le magazine Marianne, à peu près à la même époque que l’audition de la PDG de Radio France, diplômée de SciencesPo Paris et de l’ENA (ce qui donne le vertige), et la publication de son soi-disant Baromètre du pluralisme. Précisons également que son dernier livre Paradoxes de la pensée progressiste paru aux éditions de l’Artilleur, est préfacé par Jean-Claude Michéa que Philosophie Magazine présente ainsi : « Philosophe, ancien professeur de philosophie (…). Spécialiste de la pensée et de l’œuvre d’Orwell, il se dit socialiste libertaire. Fustigeant le dévoiement de l’intelligentsia de gauche, il défend des valeurs morales collectives dans une société de plus en plus individualiste et libérale ». Par ailleurs, André Perrin a parlé très tôt du « climat de censure insidieuse et d’intimidation morale » « contre le débat » en France, en soulignant notamment les contraintes et les restrictions infligées par la sphère médiatique au libre débat, en fait tous ces « procédés d’empêchement [ou d’étouffement] du débat couramment pratiqués », selon la philosophe Catherine Kintzler, dans nombre de médias.

Et pour pleinement goûter et comprendre la pensée d’André Perrin, voici un extrait significatif qui "montre combien nous sommes submergés par" : « une entreprise d’intimidation au service de la dissimulation : il faut empêcher de dire ce qu’on voit et, plus profondément, comme Péguy l’avait bien compris, de voir ce que l’on voit. Ce qui fonde cette entreprise, c’est, chez ceux qui la conduisent, la certitude morale : l’assurance de détenir le Bien et la conviction que tout doit être subordonné ou sacrifié à la réalisation de ce bien. Le politiquement correct ne se borne pas à substituer la morale à la politique dans l’ordre de l’action, mais, dans l’ordre de la connaissance, il substitue la distinction du bien et du mal à la distinction du vrai et du faux : peu importe qu’un discours soit vrai ou faux, ce qui importe, c’est de savoir si les intentions de celui qui l’énonce sont bonnes et si les conséquences de son énonciation le seront aussi. Si l’on peut imputer à celui qui parle de mauvaises intentions (racistes, sexistes, homophobes) ou si l’on peut redouter que son propos "fasse le jeu" des racistes, des sexistes, des homophobes, alors, quand bien même il dit la vérité, il ne doit pas être écouté. Il doit être "annulé". C’est ainsi que la cancel culture sanctionne logiquement le politiquement incorrect ».

« Ce qui confère la légitimité, dit encore André Perrin à Marianne, ce sont les titres de professeur au Collège de France, de directeur de recherches au CNRS, de directeur d’études à l’EHESS, de professeur des universités. Une enquête très solide et approfondie a montré que les trois quarts des universitaires – et la quasi-totalité des sociologues – se réclamaient de la gauche. Avec le système de cooptation actuel, cela laisse peu de possibilités à ceux qui ne sont pas dans le moule. » Et l’on pourrait ajouter que puisque la légitimité vient des titres (et fonctions) universitaires, les seuls médias se considérant véritablement légitimes sont ceux qui ouvrent largement leur antenne à ces universitaires.

Pour une expression sans limites

Puisqu’il faut conclure, peut-être serait-il judicieux de revenir à l’essentiel grâce à la philosophe Bérénice Levet et en particulier à son ouvrage Le Courage de la dissidence où elle fait appel à l’esprit français, amoureux fou de la liberté de pensée. « Si nous chérissons la liberté d’expression », c’est dit-elle en se référant au philosophe et économiste John Stuart Mill, au nom du « droit à la recherche en commun de la vérité, du juste, du bien ». L’authentique « démocrate, poursuit-elle, est modeste, "il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent" écrivait Albert Camus, dans un texte dont le titre nous semble destiné, "Réflexions pour une démocratie sans catéchisme". Milton parlait, à propos des maîtres-censeurs, d’une tyrannie de l’arrogance. Nous y sommes ».

Au contraire, s’appuyant sur l’historien et anthropologue Jean-Pierre Vernant et notamment son Mythe et pensée chez les Grecs, dès l’origine de la démocratie note Bérénice Levet, dans « l’espace public », « il s’agit de rendre compte de ce que l’on affirme ». « "Les règles du jeu politique – la libre discussion, le débat contradictoire, l’affrontement des argumentations contraires" acquièrent de surcroît une portée normative » [je souligne]. Et la philosophe d’ajouter que « la "libre circulation des pensées et des opinions" comme le disait (…) la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, est un besoin pour la pensée, pour la vérité, pour le réel ». Dans une démocratie digne de ce nom, « pas de vérité révélée, pas de parole d’autorité (…), seule une vérité argumentée a ici droit de cité, et de la qualité de l’argumentation procède la qualité de la conversation civique (…) ».

Ouvrir la discussion, tout mettre sur la table plutôt que mettre sous le tapis, braver ce qui est "convenable" et convenu... La philosophe Bérénice Levet nous rappelle aussi le « fondement ontologique » de la liberté d’expression : « s’il convient de disposer d’un espace public où, librement, les points de vue doivent pouvoir se confronter, c’est que les questions qui concernent le domaine des affaires humaines ne sont pas d’ordre technique ou mathématique. Il n’est pas de spécialistes, pas d’experts de la chose commune ; nul ne peut prétendre détenir la "solution" et l’imposer à tous, parce que ce schéma du problème qui appelle sa solution est dépourvu de pertinence dès lors qu’il s’agit de l’humaine nature et condition ». Les médias de service public doivent être contraints de respecter l’expression et la discussion de la pluralité des faits et des courants d’opinion et de pensée, la seule diversité qui compte (tout le reste étant une insulte à la démocratie et à l’intelligence), selon un temps de parole calculé d’après les résultats de la dernière ou des dernières élections nationales et d’après des études qualitatives et quantitatives. Fin de la discussion.

30/08/2026

Quand l'homme sera-t-il enfin sage ?!

«L'éthologie nous enseigne que, comme tout être vivant (...), l’Homo sapiens obéit à trois pulsions principales : le sexe, le territoire et la hiérarchie.» Ou pour le dire autrement : «la reproduction, la possession et la domination». Le philosophe et écologiste Yves Paccalet explique dans son livre L'Humanité disparaîtra, bon débarras ! chez Arthaud, les raisons de la folie suicidaire qui semble s'être emparée de l'homme moderne.

L'éthologie est la science du comportement, pas du discours. L’Homo sapiens, l'homme dit "sage", "raisonnable", ne l'est guère dans les faits. Yves Paccalet remarque que «l'homme est le seul animal qui s'autodétruit». Et Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, notait : «Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance ; et même dans la volonté de celui qui obéit, j'ai trouvé la volonté d'être maître».

Cette volonté de puissance nous perdra dit Yves Paccalet. Cette "volonté d'agir sur le monde, d'être plus fort que l'homme moyen, au mépris de la morale", ce "besoin de dominer les gens et les choses" comme l'écrit Le Petit Robert, avec celui de se reproduire, de remplir la Terre et cette "faim d'avoir et de posséder" pourraient nous mener tout droit à la catastrophe écologique, climatique, épidémique, ou nucléaire, biologique, chimique.

A une époque pas si lointaine, conscient des instincts destructeurs de son espèce, l'homme dans sa sagesse apprenait à ses enfants à les dominer. Aujourd'hui, ils sont attisés, en particulier pour favoriser cette "bonne" agressivité qui ferait les bons petits soldats de demain de cette "guerre de tous contre tous" appelée encore concurrence. «La possession et la domination sont élevées au rang de valeurs» constate Yves Paccalet.

Mais quid de l'instinct de conservation "qui, précise Le Petit Larousse, pousse un être, un animal à sauver son existence quand elle est menacée" ? Dans "la lutte pour la vie" qui décide "la survie du plus apte" d'après Charles Darwin, «(...) la force pure ne constitue pas le meilleur argument. Plus efficaces sont le commensalisme, le mutualisme et la symbiose. La stratégie associative. La coopération. La communauté de destins...».

«L'espèce humaine a incarné l'une des plus aptes, parce que l'une des plus sociables. (...) Mais elle dérape. Elle n'est plus adaptée à son environnement» selon Yves Paccalet. Seul espoir et maigre : si la crainte est le commencement de la sagesse, peut-être I'Homo sapiens, ce «cancer de la Terre», ce «bourreau de la nature», prendra peur à temps et réentendra la voix de la sagesse qui conseille "modération et prudence dans la conduite".

25/07/2026

Donner un sens ou faire de l'effet

«Si j'étais chargé de gouverner, je commencerais par rétablir le sens des mots» aurait dit Confucius, ce lettré et philosophe chinois ayant vécu cinq siècles avant Jésus-Christ. Traduction : la méconnaissance du sens de beaucoup de mots ou leur mauvaise interprétation rendent les peuples ingouvernables. N'ayant pas la même définition des termes employés, les habitants d'un pays, comme sa politique, "partent dans tous les sens".

Comment en effet conduire, diriger des hommes, si l'on ne parvient plus à comprendre, à "percevoir le sens" d'un texte, d'un discours, d'une explication, d'une allusion... ? Comment faire si l'on n'arrive plus à "s'entendre" dans tous les sens du mot : "se comprendre", mais aussi "se mettre d'accord" et "avoir de bons rapports" ? Car l'incompréhension conduit à l'inacceptation. La peur de l'inconnu est mère de tous les rejets.

Ne parlant plus la même langue, des compatriotes peuvent se retrouver comme entre inconnus, et ne connaissant que des bribes de leur langue, comme en pays inconnu, en terre inconnue. Etrangers les uns aux autres, mais aussi à leur environnement. Incapables d'entrer en communication, mais aussi de saisir le complexe, de «pénétrer dans tous les détails sans perdre de vue l'ensemble» comme écrivait Anatole France.

Sans les mots ou les bons mots pour les dire ou les comprendre, les idées s'égarent. A "chercher ses mots", on se met à "perdre le fil de ses idées", à "sauter d'une idée à l'autre". Et à comprendre ou à "dire un mot pour un autre", on en vient à "se faire des idées", à "avoir des mots avec" ses interlocuteurs. Et puis on ne parvient plus à "avoir de la suite dans les idées", on ne tient plus à ses idées, mais on en change à la demande.

Arrive-t-on d'ailleurs encore à avoir une idée par soi-même ? une idée originale : ni "empruntée" ni "soufflée". Certes, les avis, opinions, sentiments ne manquent pas, mais combien sont-ils sensés ? Contresens et faux sens sont courants. Même le bon sens fait défaut. On préfère se fier à son sixième sens, à son instinct. La sensation supplante la signification. On est "avide de sensations nouvelles", on "aime les sensations fortes".

Le sensationnel fait la une. L'on vise à enflammer les sens. L'insignifiant et le non-sens gagnent. L'insensé est encensé. Et puis l'important est de "faire sensation" pour l'emporter. Les recherches d'un sens - d'une direction et d'une raison - semblent abandonnées. Aurait-on renoncé à gouverner pour la propagande et sa langue de bois où «Nous ne parlons pas pour dire quelque chose, mais pour obtenir un certain effet» ? Dixit Goebbels.