17/05/2013
L'existence en toc de Shadoks "toc toc"
Serions-nous tous des Shadoks ? Mais oui souvenez-vous, ces boules de plumes au long bec, sans ailes et hautes sur pattes, qui régalaient de leurs aventures sans queue ni tête, les téléspectateurs de l'ORTF goûtant la satire et "l'absurde" ; c'était à la fin des années soixante pour leur première diffusion. Leur créateur, Jacques Rouxel, par sa mort il y a exactement neuf ans, laissait ses créatures orphelines et la télévision bien insipide.
Ces pitoyables bébêtes n'en finissaient pas de "pomper" sur leur planète, sans trop savoir pourquoi. Et nous pauvres hommes, tout interdits, étions parfois bien en peine de trouver un sens à tout ça. Etait-ce parce qu'il n'y en avait pas ou que celui-ci était caché ? Pour répondre, peut-être faut-il se pencher sur quelques tirades fameuses déclamées par le comédien Claude Piéplu, avec cette voix reconnaissable entre toutes.
Les devises des Shadoks sont en particulier une mine précieuse pour se faire une idée de l'esprit qui animait ces animations. L'une d'elles affirmait : «S'il n'y a pas de solution c'est qu'il n'y a pas de problème». On connaissait de Gide : «II n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions». Mais là tout était inversé et cela dépassait l'entendement. A moins d'observer nos contemporains et nos propres comportements.
Regardons comme l'on aborde volontiers un problème dont la solution est évidente ou facile à appliquer, comme l'on choisit souvent la "Solution de facilité" ou celle dont on sait pourtant que "Ce n'est pas une solution !". L'on peut aussi soulever un "Faux problème" afin de "Ne pas s'attaquer au problème" difficile. Ou encore le reporter, déléguer... Jusqu'à déclarer le problème insoluble, voire qu’"II n'y a pas de problème".
Autre devise : «II vaut mieux pomper même s'il ne se passe rien que risquer qu'il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas». Variation sur le thème "qui n'avance pas recule", qui sous-entend que nos actions même inconsidérées ou stériles, trouvent leur justification dans la crainte que l'inaction ou un temps d'arrêt n'entraîne un coup d'arrêt, une régression. D'où cette activité fébrile, comme pour conjurer un péril.
Ces Shadoks qui "pompent", ce serait donc nous, dérisoires créatures condamnées à des besognes et loisirs qui ne les avancent à rien ou à pas grand-chose, dans le but incertain d'aller mieux, en tout cas de ne pas aller moins bien ou plus mal. Et tant que les sans-grades ou une minorité seulement en souffriront, rien ne changera vraiment. Dernière devise : «Pour qu'il y ait le moins de mécontents possible il faut toujours taper sur les mêmes».
12:20 Publié dans Sens de l'existence | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shadoks, ortf, jacques rouxel, "pomper", claude piéplu, devises, solution, problème, gide, qui n'avance pas recule, actions, inaction, temps d'arrêt, coup d'arrêt, régression, activité fébrile, conjurer un péril, dérisoires créatures, besognes, loisirs, sans-grades, minorité, mécontents, toujours taper sur les mêmes |
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07/05/2013
Une Europe d'Etats désunis ?
Que de chemin parcouru depuis la proposition de création d'une Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) le 9 mai 1950. Le ministre des affaires étrangères de l'époque, Robert Schuman, reprenait là une idée chère à Jean Monnet. Un embryon d'Union européenne était né. Et dorénavant, le 9 mai est la «Journée de l'Europe». Une Europe des Six qui a grandi progressivement avant de devenir d'un coup d'un seul le 1er mai 2004 une Europe des Vingt-cinq avec l'intégration de dix nouveaux États.
Les conflits meurtriers de la première moitié du vingtième siècle ont bien sûr été les "événements déclencheurs" d'une prise de conscience salvatrice. "Plus jamais la guerre" se sont dits des démocrates chrétiens. La reconnaissance du partage d'un destin et d'intérêts communs devait prendre le pas sur la fatalité de la défense d'intérêts exclusivement nationaux. Les bases d'une société européenne étaient jetées.
La paix est ainsi le principal acquis de cette construction européenne. Mais c'est l'activité commerciale qui est la première bénéficiaire de l'organisation de cet espace en un grand marché unique où a cours une monnaie unique. C'est sur ce socle qu'auraient dû être relevés des défis aussi cruciaux que : la politique étrangère, de sécurité et de défense, la coopération policière et judiciaire (celle-ci en net progrès), la solidarité économique et sociale, etc.
Toutefois, c'est peut-être la participation des peuples et leur sentiment d'appartenance à l'Union européenne qui sont les plus problématiques. Ignorés depuis toujours, les citoyens des États membres demeurent pour une large part étrangers à cette édification, et étrangers les uns aux autres. La démocratisation de l'Europe, l'éducation, la culture pourraient peut-être parvenir à vaincre certaines résistances, mais il faudrait de la volonté et du temps.
L'élargissement de l'Union en 2004 avait fait l'effet à certains d'une précipitation voire d'une fuite en avant. A juste titre. Cette décision politique est intervenue en effet avant la réforme des institutions (très insuffisante) et l'adoption d'une (pseudo-)Constitution. Dans l'idée que «Mieux vaut tenir que courir», des voix s'étaient donc élevées pour craindre des distorsions, et notamment de concurrence ; des déséquilibres, des disparités qui pourraient entraîner des tensions. Nous y sommes. Avec un constat : le retour d'une défense d'intérêts exclusivement nationaux.
Ce n'est qu'en étant «une communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et d'espérances», pour reprendre une phrase de l'historien Fustel de Coulanges, que l'Union européenne pourrait répondre à sa vocation d'unir des hommes. Ou pour le dire autrement, "être en communion" est la condition pour "vivre en communauté", et non l'inverse. Il s'agirait donc aujourd'hui de se rapprocher, de se rencontrer comme au premier jour. Et plus si affinités. Et il n'est pas sûr que dans cette Europe des Vingt-sept depuis 2007 et bientôt des Vingt-huit (le 1er juillet 2013), il y ait encore beaucoup d'affinités. En attendant le grand marché commun entre les États-Unis et cette Europe d'États peu unis.
10:50 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : communauté européenne du charbon et de l'acier, ceca, 9 mai 1950, robert schuman, jean monnet, union européenne, journée de l'europe, plus jamais la guerre, démocrates chrétiens, partage d'un destin, intérêts communs, société européenne, paix, activité commerciale, marché unique, monnaie unique, politique étrangère, de sécurité et de défense, coopération policière et judiciaire, solidarité économique et sociale, participation des peuples, démocratisation de l'europe, éducation, culture, volonté, temps, élargissement de l'union, précipitation, fuite en avant, réforme des institutions, constitution, distorsions, déséquilibres, disparités, tensions, défense d'intérêts exclusivement nationaux, fustel de coulanges, unir les hommes, être en communion, vivre en communauté, affinités, marché commun entre états-unis et europe |
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03/05/2013
Réduire les fractures
Jean-Louis Borloo estimait en 2004 que globalement, deux tiers des Français tiraient avantage depuis vingt ans de la situation socio-économique, tandis qu'un tiers en étaient les laissés-pour-compte. D'où la volonté de celui qui était alors ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, de faire de la lutte contre «la désintégration républicaine», sa priorité. Afin peut-être aussi de répondre à la défiance des défavorisés, exprimée lors des élections.
Sieyès (1748 - 1836), homme politique et prêtre, pensait que «Si l'on ôtait l'ordre privilégié, la nation ne serait pas quelque chose de moins mais quelque chose de plus». Jacques Marseille, à l'époque professeur d'histoire économique à la Sorbonne, le citait dans son livre La Guerre des deux France, celle qui avance et celle qui freine chez Plon. Et il joignait une parabole du comte de Saint-Simon (1760 -1825), philosophe et économiste.
«Supposons que la France perde subitement ses cinquante premiers physiciens (...), ses cinquante premiers poètes (...), ses cinquante premiers mécaniciens, ses cinquante premiers ingénieurs civils et militaires (...), ses deux cents premiers négociants, ses six cents premiers cultivateurs (...), la nation tomberait immédiatement dans un État d'infériorité vis-à-vis des nations dont elle est aujourd'hui la rivale (...).»
«Admettons que la France conserve tous ces hommes de génie (...) mais qu'elle ait le malheur de perdre le même jour Monsieur, frère du roi, Mgr le duc d'Angoulême, Mgr le duc de Berry, tous les grands officiers de la Couronne, tous les ministres d'État, tous les maîtres de requête, tous les préfets et sous-préfets, tous les employés dans les ministères, (...) il n'en résulterait aucun mal politique pour l'État.»
Ce constat sévère semblait, aux yeux de Jacques Marseille, n'en être pas moins pertinent dans les grandes lignes, y compris plus de deux siècles plus tard. A l'en croire, les titres ont changé, les situations acquises ont prospéré : une «France abritée» de nantis qui vivent aux dépens, au détriment des autres, «(...) qui, disposant des informations et des réseaux nécessaires, savent détourner à leur profit les ressources de l'État (...)».
Il plaidait pour ceux qui entreprennent, qui font, qui agissent, qui créent... Et il condamnait dans Le Monde «les privilèges de la fonction [qui] ont remplacé ceux de la naissance». Sa «France exposée» n'était pas celle de Jean-Louis Borloo, mais toutes deux illustraient les fractures de notre société. Neuf ans après, ces fractures se sont élargies et les "laissés-pour-compte" doivent tourner autour de 40 % de la population française. La cohésion sociale ne peut être une fin en soi obtenue plus ou moins artificiellement, elle ne viendra que de plus de justice sociale.
10:49 Publié dans Inégalités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean-louis borloo, situation socio-économique, laissés-pour-compte, lutte contre la désintégration républicaine, sieyès, ordre privilégié, nation, jacques marseille, la sorbonne, la guerre des deux france - celle qui avance et celle qui freine, éditions plon, parabole du comte de saint-simon, titres, situations acquises, une france abritée, nantis qui vivent aux dépens des autres, informations, réseaux, profit, ressources de l'état, entreprendre, faire, agir, créer, journal le monde, privilèges de la fonction, une france exposée, fractures de notre société, cohésion sociale, justice sociale |
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