12/10/2012
La question est de savoir comment ou pourquoi ?
Ne sentez-vous pas notre société comme en apesanteur depuis quelque temps ? Goûtant et défendant les derniers instants de flottement dans le vide de son inconscience, avant de devoir revenir sur terre, à la réalité de la pesanteur et de ses lois implacables. Le monde impose sa gravité et son centre n'est pas en France. Jacques Chirac l'avait annoncé il y a neuf ans déjà : la société française doit s'adapter dans le dialogue. Mais quel dialogue ?
Entre fuir devant nos responsabilités ou chercher notre salut dans la fuite en avant de la mondialisation, y a-t-il une troisième voie ? Et quelle adaptation ? A-t-on vraiment encore le choix ? Luc Ferry confiait en janvier 2003 au magazine Le Point : «Sur les retraites comme sur l'Education nationale, gauche et droite savent ce qu'il faut faire. La question est de savoir comment». Et si c'était vrai pour beaucoup d'autres problèmes ?
L'«art politique» préconisé par le ministre de l'Education nationale de l'époque pour faire avaler les pilules amères, consistait à "«bouleverser sans le dire» les institutions" et, évoquant Machiavel, à "s'appuyer sur «les passions les plus communes» plutôt que sur l'armée, les princes ou les laquais". Même si l'on est en droit de penser que ces derniers, et autres larbins et valets du pouvoir, rendent encore de fiers services.
Mais le nerf de la guerre, c'est l'Economie, les Finances et l'Industrie. Leur ministre d'alors, Francis Mer, interrogé sur son action, déclarait sur France 2 en février 2003 : «Ça consiste à libérer les énergies, ça consiste à diminuer les charges, ça consiste à faciliter la création d'entreprises, ça consiste à faciliter l'augmentation des fonds propres des entreprises, ça consiste à développer la Recherche et le Développement. Voilà ce qu'on fait».
Le tout pour réussir une mondialisation heureuse, malgré ses inconvénients. Que François Fillon, ministre en ce temps-là et entre autres des Affaires sociales, justifiait sur RTL : «II est complètement inutile de se lamenter, car ces délocalisations, ce sont des pays qui accèdent au développement, c'est un mouvement historique, inéluctable». Impossible d'y échapper donc, même en luttant. Non, ce qu'il fallait paraît-il, c'est retrouver goût au travail.
Et là, Francis Mer s'inquiétait que «pour les Français de plus de quarante ans, la retraite soit considérée comme le paradis sur terre» et «qu'ils ne rêvent que d'une chose, ne plus avoir de patron, de discipline, de stress, d'engueulades, de contraintes, et enfin de vivre. (...) Comment se fait-il que notre Etat et nos entreprises ne sachent pas donner plus de goût à la vie professionnelle ?». Tiens ! voilà une bonne question.
11:35 Publié dans Economie/travail | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : société française, derniers instants de flottement, inconscience, revenir sur terre, réalité, lois implacables, jacques chirac, s'adapter dans le dialogue, responsabilités, mondialisation, troisième voie, luc ferry, magazine le point, retraites, éducation nationale, gauche, droite, art politique, pilules amères, bouleverser sans le dire les institutions, s'appuyer sur les passions les plus communes, armée, princes, laquais, économie, finances, industrie, francis mer, france 2, charges, création d'entreprises, fonds propres, recherche et développement, mondialisation heureuse, françois fillon, rtl, délocalisations, mouvement historique inéluctable, retrouver goût au travail |
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02/10/2012
Le savoir, pour quoi faire ?
Avec la rentrée des étudiants, ce sont maintenant environ 15 millions d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes qui apprennent, s'instruisent, étudient, se forment, se cultivent. Le savoir est la clé de la réussite scolaire et de la réussite professionnelle. Amasser, posséder des connaissances n'est cependant pas un but en soi. Encore faut-il savoir, vouloir et pouvoir s'en servir, mais pour quoi faire ?
On peut lire dans le projet éducatif d'un établissement catholique d'une grande ville française que celui-ci «poursuit des fins culturelles et la formation humaine des jeunes». Et un peu plus loin, un titre rappelle l'évidence : «Une école qui enseigne» ; un enseignement qui «contribue à former des adultes ouverts et responsables qui sauront trouver leur place dans la société». Mais est-ce une évidence pour tout le monde ?
Quant à la réussite, celle-ci «ne s'évalue pas sur le seul critère des notes, mais intègre également la capacité de l'élève à progresser, à s'investir dans une activité, à entrer en relation et à se préparer à une vie responsable. Dans cet esprit, les conseils de classe et les bulletins scolaires, les encouragements mais aussi, lorsqu'il y a lieu, les sanctions, sont considérés comme des moyens d'aider le jeune à se connaître, à progresser et à s'orienter».
Mais l'objectif final, quel est-il ? Cet établissement répond qu'il «ne transmet pas la culture comme un moyen de puissance et de domination, mais comme un moyen de communication et d'écoute de la voix des hommes, des événements, des choses. Il ne voit pas dans le savoir un moyen d'arriver au succès ou d'amasser des richesses mais un devoir de service et une responsabilité envers les autres».
Un grand établissement parisien renchérit : «Tout élève qui développe ses qualités, réussit scolairement, connaîtra un vrai sens à sa vie, une vraie joie s'il est tourné vers les autres. N'oublions jamais la parabole des talents et la nécessité d'être toujours attentif "aux petits" au sens biblique du terme».
L'école prend ici une dimension éducative où, avec les parents, la transmission de savoirs certes mais aussi de valeurs et de principes, repose sur la reconnaissance d'un héritage commun. L'école et nous-mêmes sommes les relais de la connaissance et de la sagesse accumulées depuis des millénaires. Le savoir pour soi n'est qu'une affaire de pouvoir et d'avoir. Le savoir doit être échangé, partagé, comme un don, un legs reçu puis rendu, comme on passe un flambeau. Le savoir doit être profitable, salutaire à tous : bienfaisant. Simple question de savoir-vivre, de volonté d'être utile et de s'acquitter de ses obligations. Quoi de plus normal qu'il soit beaucoup demandé à ceux qui ont beaucoup reçu.
Toutefois il reste une question. Dans notre "économie du savoir", celui-ci sert-il principalement à "faire le bien" ou plus précisément à "faire le maximum de bien et le minimum de mal" ?
10:43 Publié dans Education/Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rentrée, 15 millions d'élèves, le savoir, réussite scolaire, réussite professionnelle, objectif final, projet éducatif, enseignement catholique, fins culturelles, formation humaine, former des adultes ouverts et responsables, puissance, domination, succès, amasser des richesses, devoir de service, responsabilité envers les autres, valeurs, principes, héritage commun, connaissance, sagesse, pouvoir, avoir, échanger, partager, profitable, salutaire, bienfaisant, savoir-vivre, volonté d'être utile, s'acquitter de ses obligations |
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25/09/2012
Libéré du regard des autres
Le Prix Goncourt 2002 n'avait pas fait l'unanimité. Avec Les ombres errantes, Pascal Quignard inaugurait une fresque qu'il a intitulée Dernier royaume dont le tome VII vient de paraître chez Grasset : Les désarçonnés. D'une lecture ardue, dans un style ramassé, par petits paragraphes, il assemble depuis dix ans les pièces d'un puzzle qui n'est autre que sa vision de notre monde en déshérence.
Visitant notre héritage, Pascal Quignard remonte aux origines. Il le fait comme libéré de toute contrainte. Ce qui fait l'originalité de son œuvre en construction. Dans Les ombres errantes, il donne une piste pour comprendre sa démarche solitaire : «Je me renouvelle de jour en jour dans la nécessité d'imiter les œuvres des Anciens». Ce qui va bien au delà de faire du neuf avec du vieux, ou d'une mode.
Le magazine Lire le rencontrait pour un entretien en septembre 2002. Et soulignait dès le début, son anxiété à l'idée de parler. L'écrivain répondait alors : «Parler, c'est faire figure. Ecrire, c'est disparaître». Faire figure, c'est-à-dire : "Jouer un personnage important, tenir un rang". Les meneurs d'ailleurs ne sont-ils pas avant tout pour la plupart, et entre autres qualités, des (beaux) parleurs ?
«Ne pas être doué pour le langage», comme «se désolidariser du groupe», c'est quitter une société de l'image et de la reconnaissance de soi. Car, au-delà des apparences, la nature de l'homme est, selon Pascal Quignard, dans le repliement, la retraite, l'effacement. Non pas se renfermer en soi, mais s'ouvrir à soi, un soi débarrassé des oripeaux de l'identité, de la réussite, de la vie sociales.
«On fait beaucoup de choses, toute sa vie, pour le regard de ceux qui nous ont engendrés (...), expliquait Pascal Quignard. Or il y a une vie plus ancienne que la vie ambitieuse ou amoureuse, une solitude avant la vie sociale (...). Il a fallu plusieurs années (...) avant que le tribunal des autres me quitte (...). Là, maintenant, je me tiens, seul, en l'absence totale de regard.»Tourné vers l'homme originel.
Ne pas chercher à, ou ne plus jouer un rôle social, ne pas briguer les honneurs, serait-ce là la vraie liberté ? Mais c'est peut-être aussi un luxe que beaucoup ne peuvent se payer. Préférer le recueillement au divertissement, la réflexion à l'étourdissement de l'action. Refuser le paraître pour être, en vérité. Etre à la fois du monde et hors du monde. Entre présence et absence. Entre lucidité et oubli. Le rêve ! pour Pascal Quignard.
09:46 Publié dans Liberté | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prix goncourt, les ombres errantes, pascal quignard, dernier royaume, grasset, les désarçonnés, monde en déshérence, héritage, origines, magazine lire, parler c'est faire figure, société de l'image et de la reconnaissance de soi, identité, réussite, vie sociale, vie ambitieuse, vie amoureuse, solitude, s'ouvrir à soi, tourné vers l'homme originel, préférer le recueillement, la réflexion, être et non paraître, vérité |
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